« Lydia Richardson: une rencontre entre Saidou LY (peintre) et Anne THUOT (performeuse) »,
Le Journal des Sans-Papiers, n°3, Oct.-Nov. 2016.
 « Nuit blanche, valeur refuge », Le soir, 30.09.2016.

«Il y a un an environ, j’ai créé un personnage de fiction, un clown d’aujourd’hui: Lydia Richardson. A l’image de l’Europe, Lydia se veut parfaite: elle a la bonne couleur de peau, la bonne culture - à Bruxelles, elle parle une des langues officielles, le français - et suite à la mort de son père, elle est devenue une riche héritière. Elle porte un tailleur rose Chanel, un sac Vuitton et se rend à l’église. Lydia est complète, repue dans cette Europe qui construit des murs, se replie et n’accueille pas les gens qui fuient leurs pays. Lydia étouffe.

Avec ce personnage, je m’insurge et questionne mes privilèges de blanche. Mes préjugés aussi. Lydia arpente Bruxelles, métaphore du monde dans lequel nous vivons, franchit des frontières invisibles pour s’installer dans des lieux où l’on ne s’attend pas à la voir, des zones dites

«De ma vision de peintre, Lydia n'est pas seulement un modèle. Elle représente, aussi, un espace de rencontre, d'idée, de recherche et de création.

A force de côtoyer Lydia, j'ai appris à décrypter le langage du personnage, à m'intéresser à son monde, à l'écouter pour mieux la comprendre .
Il était nécessaire de me laisser emporter dans son univers personnel pour pouvoir la peindre avec justesse.

Fidèle au personnage, à chaque toile apparaissent sa veste rose, sa chemise blanche, sa jupe noire courte, ses chaussures noires à talons mi-hauts, son sac à main marron et sans oublier sa fameuse perruque blonde. Tous ces détails sont très importants pour rendre vivant une peinture de Lydia. Même sa position corporelle, son expression faciale et son regard doivent être en parfaite symbiose avec toute l'ambiance qui l’entoure.

Prochaines dates: dangereuses aux places touristiques et populaires. Dans ses trajectoires à travers la ville, Lydia s’arrête et se fait peindre par un artiste qu’elle a choisi, Saidou LY. Elle veut se décaler, Lydia, que Saidou, peintre mauritanien, s’empare de son image et la désosse pour en inventer une nouvelle, commune à lui, qui regarde et à elle, qui pose. Lydia s’apprend et se découvre, autrement, se laisse passer à la loupe d’un œil inconnu et se transforme à ce contact bienveillant.

Avec Lydia, je refuse d’intérioriser le discours ambiant, que la peur de l’autre prenne le dessus. Je cherche à provoquer de la rencontre, de l’expérience vivante avec ceux qui me sont étrangers pour créer un devenir commun. Du souvenir aussi.» A.T.

J'ai esquissé le corps de Lydia dans divers lieux emblématiques de Bruxelles, tels que le Parc de la Rosée, à la Place des Martyrs, au Parlement Européen, au Parc Royal et enfin dans un lieu intime situé à deux pas du Parlement Européen . Pour moi, l'un des instants le plus intense a été le travail dans le Parc de la Rosée (Anderlecht). Au milieu des familles à majorité d'origines syriennes, et autres, Lydia s'expose sous une sculpture d'un «bras géant». Sur cette peinture, Lydia tient les mains d'une femme syrienne, voilée et à genoux qu'elle tente de relever . Elle rendait grâce à Lydia parce que la fille de celle-ci a prêté son vélo à son enfant. Pour Lydia, c'est inimaginable et honteux de se mettre dans cette position, mais pour la dame syrienne, c'est un signe de remerciement . S.L.

'Nuit Blanche, Crossing borders', 
Bruzz, 30.09.2016.
Diane Fourdrignier, 'Lydia Richardson, alias Anne Thuot: Errance d’une métamorphose sociale’, Klaxon N°5 « Pour une ville plus juste », CIFAS, 2015. http://www.cifas.be/en/download/klaxon
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